La joueuse de go de Shan Sa

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Détails

La joueuse de goTitre : La joueuse de go
Auteur : Shan Sa
Nombre de volumes : 1
Nombre de pages : 325
Éditeur : Gallimard (Folio)
Genre : Contemporain.
Prix :   6,50 euros


Quatrième de couverture – Résumé de l’éditeur :
Depuis 1931, le dernier empereur de Chine règne sans pouvoir sur la Mandchourie occupée par l’armée japonaise. Alors que l’aristocratie tente d’oublier dans de vaines distractions la guerre et ses cruautés, une lycéenne de seize ans joue au go. Place des Mille Vents, ses mains infaillibles manipulent les pions. Mélancolique mais fiévreuse, elle rêve d’un autre destin. « Le bonheur est un combat d’encerclement. » Sur le damier, elle bat tous ses prétendants.
Mais la joueuse ignore encore son adversaire de demain : un officier japonais dur comme le métal, à peine plus âgé qu’elle, dévoué à l’utopie impérialiste. Ils s’affrontent, ils s’aiment, sans un geste, jusqu’au bout, tandis que la Chine vacille sous les coups de l’envahisseur qui tue, pille, torture.


Critique :
Première impression en lisant la quatrième de couverture : « bon sang, encore un de ces romans à l’eau de rose affabulateurs qui se veut être un remake de ‘Roméo et Juliette’ ». Ce roman, je l’avais acheté d’occasion à 2 € il y a au moins 4 ans, après avoir lu « Impératrice » de Shan Sa, que j’avais adoré. Mais ayant été freinée par la quatrième de couverture malgré les bons échos reçus, « La joueuse de go » a fait sa place sur ma bibliothèque et n’y a plus bougé en attendant mes motivation et envie d’ouvrir ses pages et de découvrir son histoire. Ce fut long, et mon seul regret, c’est d’avoir délaissé ce merveilleux bouquin si longtemps dans les oubliettes de mon cerveau.
« La joueuse de go », ce n’est pas les roses et les violons. Si vous y cherchez du romantisme superficiel, vous n’en trouverez pas ici. Entre la joueuse de go et l’officier japonais (se faisant passer, pour les besoins de sa mission, pour un Chinois d’une province étrangère), ça se passe avant tout autour d’un damier et ses pions blancs et noirs. Jour après jour, ils se retrouvent Place des Mille Vents, ne se parlent quasiment pas, et ils jouent encore et encore et apprennent à se connaître via le go.
Et si au fil du temps, l’officier est de plus en plus intrigué et fasciné par la joueuse de go, ce n’est pas le cas pour elle. Elle a déjà un petit-ami révolutionnaire et possessif, dont le meilleur ami est lui aussi amoureux d’elle. À l’amour, elle n’y croit pas. Pour elle, il n’y a que le go et sa liberté. Quant à l’officier, seule l’armée (et voire le sexe avec les prostituées) compte pour lui.
Bien sûr, la relation entre la joueuse et l’officier semble évoluer malgré eux au fil des pages… mais ce sont les derniers à être au courant. Les lecteurs avertis s’en rendront compte et une question viendra, au fur et à mesure que l’histoire avancera : « quand vont-ils enfin ouvrir les yeux ? ». Je n’en dirai pas plus pour éviter de spoiler.
Une autre chose qui m’a plu, c’est le côté « littéraire poétique » de l’auteur. Shan Sa joue avec les mots, tourne ses phrases de telle façon qu’on a parfois l’impression de lire plus de la prose poétique qu’un roman. Ça n’embellit pas l’histoire, ça n’ajoute en rien au dramatique, mais c’est très agréable à la lecture. Et ça n’enlève en rien à la qualité du style de l’auteur : fluide et qui se lit facilement. Et Shan Sa écrivant en français, bien qu’elle soit Chinoise, le roman n’a pas souffert d’une traduction qui aurait pu gâcher cet effet poétique (je doute d’ailleurs qu’un traducteur serait arrivé à retranscrire cet effet).
Par contre, il y a deux points qui m’ont dérangée dans ma lecture, surtout au début.
Tout d’abord, les changements de points de vue à chaque chapitre. Comme le récit est rédigé à la première personne, quel que soit le point de vue, c’est perturbant pour les lecteurs non-avertis (dont je faisais partie). Il m’a fallu du temps pour comprendre et me faire à l’idée qu’un chapitre, c’était la narration de la joueuse de go, et le chapitre suivant, la narration de l’officier. Et ce schéma ne changera pas jusqu’à la fin. Une fois qu’on a compris et assimilé ça, ça ne pose aucun problème. Mais si, comme moi, vous n’avez pas compris ça dès le départ, il peut vous arrivez de ne pas comprendre ce qu’il se raconte dans le chapitre car, sans connaitre qui est le narrateur, ce qu’il se dit n’a aucun sens et ça rend la lecture très lourde car vous tentez de comprendre le pourquoi du comment. Personnellement, j’ai recommencé ma lecture après avoir compris le schéma. Heureusement, car sinon, je serai passée à côté de plein de choses et je n’aurais pas autant apprécié ma lecture et je n'aurais pas compris tout l’intérêt de ce changement de narrateur tous les chapitres.
Ensuite, l’autre élément qui m’a dérangée, c’est de ne pas connaître dès le départ le nom des deux personnages principaux. L’auteur passe par toutes les astuces pour éviter que l’on connaisse leurs noms (pourtant, on connaît tous ceux de leur entourage). Du coup, la lycéenne joueuse de go reste « La joueuse de go », et l’officier reste « L’officier japonais ». J’ai trouvé ça frustrant. Après, cela est-il un désir de l’auteur de montrer que cette histoire aurait pu arriver à n’importe quel anonyme dans cette situation et ce contexte historique. C’est aussi une tentative supplémentaire de garder le lecteur en haleine : tout le long du bouquin, on guette et cherche le moindre indice qui nous donnera l’identité nominative des deux « héros » de l’histoire. Trouverez-vous ou pas la réponse, vous le saurez en lisant « La joueuse de go ».
En résumé, « La joueuse de go » est un livre que je ne regrette absolument pas d’avoir lu. Je le recommanderais à tout le monde sans hésitation, que ce soit pour la qualité d’écriture de Shan Sa ou pour l’histoire (enfin une « histoire d’amour » sans fioriture ni pathos, pure et réaliste, tout en étant une véritable poésie dans un contexte de guerre).


Points forts :
o Le style poétique de l’auteur
o Une « histoire d’amour » réaliste, qui sort des romances à l’eau de rose habituelles et clichées
o Des personnages fascinants qui restent fidèles à eux-mêmes du début à la fin


Point faible :
o Le changement de narration à chaque chapitre sans préavis

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