1945 de Keiko Ichiguchi

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Détails

Titre : 1945

Titre original : 1945

Auteur : Keiko Ichiguchi

Nombre de tome : 1

Editeur : Kana

Editeur original : Kôdansha

Prix : 10 euros

Genre : Shôjo*, tragédie historique

Résumé : Comment profiter de sa jeunesse lorsque l'on vit sous le régime nazi et que la seconde guerre mondiale enflamme l'Europe ? Alex et Elen sont deux adolescents que tout sépare : l'un est entré dans les jeunesses hitlériennes, l'autre a une amie juive et un frère opposé au nazisme. Pourtant, un lien indéfectible les unis.

Critique :

(écrite le 14 août 2008 sur mon ancien blog, ré-actualisée pour Edenia)

1945 est un manga au thème pour le moins inhabituel, d'autant plus au sein du magazine pour jeunes filles dans lequel il fut publié. L'histoire est directement inspirée par la Rose blanche (Die Weiße Rose), un groupe d'étudiants allemands opposés au régime nazi et ayant écrit des tracts contre celui-ci. Leur combat prend fin en 1943, lorsque les Scholl (Hans et sa soeur Sophie) lancent des tracts dans la cour de leur faculté et sont dénoncés par un concierge. Ils sont guillotinés après un procès sommaire et d'autres membres du réseau sont eux aussi exêcutés ou décédent dans les camps. Cependant, 1945 n'en reste pas moins une fiction : si la vie des héros comportent des épisodes rappelant ceux des membres de la Rose blanche (on retrouve l'épisode de l'enrôlement dans la Wehrmacht ou encore celui de l'université), l'auteur leur offre une identité propre, de leur nom à leur histoire personnelle. Un choix qui permet sans doute à l'auteur de broder plus facilement autour des tourments de ses protagonistes sans être retenue par la réalité biographique.

1945 étant tout de même un shôjo*, on aurait été en droit de craindre le pire. Non pas que le genre soit mauvais mais qu'ils se prêtent mal aux oeuvres matures, en raison du public cible, et que le thème traité demande une certaine subtilité. Par exemple, Cantarella de You Higuri est divertissant en tant que shôjo, avec son lot de bishônen torturés et de jeunes filles amoureuses, mais ne vaut pas grand chose sur le plan purement historique. Or, ce que l'on accepte d'un manga traitant d'une période aussi lointaine que celle de Borgia passe moins lorsque l'on s'attaque à la seconde guerre mondiale. Le lecteur européen attend forcément une histoire qui ne traîte pas le thème du nazisme par dessus la jambe même si 1945 a été conçu, à la base, pour les jeunes japonaises. Cette question de l'origine et du public premier de l'oeuvre n'est d'ailleurs pas anodine. Car il faut rappeler que le traumatisme causé par le nazisme en Europe doit être méconnu de la plupart des Japonais. Ce problème est aussi lointain pour eux que la question du totalitarisme du Japon durant les Quinze années de guerre (31-45) pour nous. En dehors des épisodes de Pearl Harbor et Hiroshima/Nagasaki, nous ne savons pas grand chose de ce qu'ils ont vécu durant la guerre. Il est donc logique qu'ils n'aient pas la même sensibilité que nous pour des évènements ayant lieu en Europe.

Cependant, peut-être parce qu'elle vit en Italie depuis 1993, Keiko Ichiguchi semble avoir à près tout compris du problème de l'Allemagne Hitlérienne chez nous et nous offre donc un manga sonnant juste. Certes, la romance est présente à travers le couple que forme Elen et Alex. Certes, le dessin est très shôjo (du moins, si un tel classement a un sens) et a même une esthétique un peu vieillotte. Certes, de son propre aveu, Keiko Ichiguchi a édulcoré certains éléments pour son public ; ce qui ne signifie pas que notre Allemagne nazie est rose bonbon : les camps de concentration, les charniers, les massacres de civils et autres horreurs sont évoqués plus d'une fois... à travers les propos des personnages plutôt que par l'étalage de violence. Mais 1945 réussit son pari : celui de nous décrire l'existence de jeunes allemands à cette époque tourmentée. Ils se heurtent à la cruelle réalité en cherchant tantôt l'oubli, en oeuvrant tantôt pour un idéal qu'ils pensent juste. Certains lecteurs regretteront sans doute que 1945 ne soit pas plus incisif encore en portant un véritable jugement sur les évènements de l'époque (bien que la désillusion d'Alex envers le nazisme soit amenée plusieurs fois sur le devant de la scène), mais cela n'enlève rien à l'intérêt de ces tranches de vie tragiques. Keiko Ichiguchi, peut-être aussi car elle peut traiter du problème d'une façon moins passionnelle que les occidentaux, nous rappelle en même temps que l'Allemagne a eu ses héros. Or, la question des résistants allemands n'est que trop rarement évoquée dans les oeuvres portant sur la 2nd guerre mondiale.

L'édition de Kana présente un grand format et une adaptation intégrale de l'oeuvre (onomatopées inclues). Les dernières pages offrent quelques explications de la traductrice sur la genèse de 1945. Dommage que le prix soit un poil élevé (prix éditeur de 10€) pour seulement 120 pages et qu'il y ait quelques défauts d'impression sur certaines trames.

* Alors, oui, je sais qu'on le classe apparemment en seinen mais, d'après les informations et d'après les interviews de l'auteur parlant de son public féminin, ce n'est pas le cas !

Points forts :

  • Quasiment tout ?

Points faibles :

  • Le prix

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