Le noir dessein de P.J. Farmer

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Détails

Titre : Le noir dessein

Titre original : The Dark Design

Auteur : Philip José Farmer

Nombre de tomes : 5 (original et VF poche) et 4 (VF, édition Robert Laffont, collection Ailleurs et demain)

Editeur : Robert Laffont, collection Ailleurs et demain (il existe d'autres éditions)

Editeur original : (à venir)

Prix : 6 euros en poche

Genre : SF, voire fantastique (ça dépendra de la sensibilité des lecteurs)

Résumé : Plusieurs années ont passé mais un certain nombre d'aventuriers du monde du fleuve sont toujours autant décidé à découvrir la vérité sur les Ethiques, ces êtres mystérieux qui les ont ressuscité. Burton a retrouvé Frigate, Monat, Alice et les autres. Il voyage depuis quelques années avec eux vers le pôle Nord, là où se trouverait la Tour de leurs "bienfaiteurs". Cependant, il ne tarde pas à découvrir que certains de ses compagnons ne sont pas ce qu'il croyait être... De son côté, Mark Twain a enfin construit son second bateau : il se lance à la poursuite de Jean Sans Terre. Il laisse à Palorando Firebrass et Cyrano, qui ont commencé à construire deux dirigeables pour l'aider. Se joint à eux Jill Gulbirra, une pilote de dirigeable qui a remonté le fleuve en canoé en entendant la rumeur de leur projet insensé. Mais les équipes de Burton et de Mark Twain ne sont pas les seules à se lancer dans la quête de la vérité : Jack London et Tom Mix, qui cachent leur identité pour de mystérieuses raisons, sont eux-aussi sur les rangs...

Critique :

Le noir dessein n'est que la première partie du très (long) épilogue de la saga du Fleuve de l'éternité. Autant vous prévenir d'avance : vous n'aurez quasiment aucune réponse sur les causes de la résurrection et la nature des Ethiques dans ce volume. Pire encore ! Si vous trouviez déjà, tout comme moi, que les précédents étaient trop verbeux, alors Le noir dessein devrait vous plonger dans le coma de l'ennui extrême.

Pourtant, les choses partent plutôt bien. On renoue avec l'équipe de Burton et leurs péripéties sont plutôt distrayantes à suivre. Parallèlement, on suit l'arrivé d'un personnage haut en couleurs, Jill Gulbirra, dans la contrée de Palorando. Il s'agit d'une femme de poigne et d'une féministe au langage fort peu châtié. Elle est aussi lesbienne ou, tout du moins, d'une bisexualité plus inclinée vers les femmes (la chose n'étant jamais tout à fait claire). Le personnage n'échappe pas totalement à la caricature, certainement voulue au demeurant, mais amène du dynamisme grâce à sa personnalité explosive. Sans elle, la construction du dirigeable par Palorando aurait été autrement plus ennuyeuse à suivre.

Malheureusement, Farmer me semble commettre (encore) plusieurs erreurs. La première vient de retournements de situations qui semblent avoir été prévus au dernier moment par l'auteur, histoire d'animer artificiellement son intrigue. Ainsi, on apprend que deux personnages essentiels, puis un troisième plus mineur quelques centaines de pages plus loin, sont des traîtres. Le souci, c'est que rien dans les précédents volumes ne le laissait deviner. J'ai été vérifier plusieurs fois pourtant, par peur que ma mémoire me trompe. C'est dommageable car le lecteur se sent totalement baladé, dans le mauvais sens du terme. Il n'a eu aucun indice lui permettant d'essayer de deviner les choses avant que la révélation se produise. On le met devant le fait accompli et puis voilà...

L'autre souci vient du fait que l'un des personnages en question, dont je ne révèlerai pas le nom, est en fait un double ou plutôt un faux ayant pris l'identité du vrai (vous suivez ?). Du moins, c'est une supposition faite par Burton lorsqu'il découvre la traîtrise. Il ne peut en être sûr et le lecteur non plus. Au chapitre suivant, on suit ce même traître... sauf que l'on finit par comprendre, très difficilement, qu'il s'agit de l'original et non du double. Et, par ailleurs, on finit par saisir aussi, grâce à des repères temporels maigrement donnés et pas toujours au bon moment, que ses actions se déroulent durant la majorité de l'intrigue à une époque antérieure de celles des autres protagonistes du Noir Dessein. En gros, c'est un retour en arrière. Sauf que la chose n'est pas évidente dans les premiers chapitres le mettant en scène. J'ai été vraiment perturbée... Finalement, j'ai été obligée d'aller vérifier sur le wikipédia anglophone cette histoire de double, afin de vérifier si ce que j'avais cru comprendre était bien ce que l'auteur voulait m'expliquer (la réponse était oui, pour les curieux). J'aimerais pouvoir arguer que c'est un problème de traduction mais je n'en ai pas l'impression. Encore une fois, Farmer ne nous a laissé auparavant aucun indice sur cette histoire de doublon. La révélation tombe du ciel comme ça et c'est très agaçant. Je ne sais pas pour vous mais j'aime pouvoir faire des hypothèses, trouver juste ou me planter. Qu'une révélation sorte comme ça d'un chapeau sans préparation, ça ne m'intéresse pas, surtout si c'est répété ad nauseam...

Dernier point agaçant : on se rend très vite compte que Le noir dessein réemploie la même intrigue que Le monde du fleuve et Le bateau fabuleux. Dans le premier roman, Burton voulait construire un bateau pour aller au pôle Nord. Il recevait aussi la visite de X, un éthique rebelle. Dans le second, Mark Twain voulait construire un bateau à aubes. Il recevait aussi la visite d'un éthique rebelle, peut-être le même, ou peut-être pas. Dans le troisième, tous les personnages veulent aller au pôle Nord et beaucoup ont reçu la visite de cet éthique. Pour se faire, ils construisent bateaux ou dirigeables. Et comme Farmer aime nous dispenser plein d'informations techniques, on a souvent le droit à la façon dont il s'y prenne étape par étape, comme dans Le bateau fabuleux.

Le problème, c'est qu'on a rapidement l'impression que ce tome ne fait que recycler des bouts d'intrigues du suivant :

- Dans le premier, Burton se rendait compte grâce à Kazz qu'une personne de son groupe servait les éthiques. Dans le troisième, il se rend compte grâce à Kazz que deux personnes de son groupe servent les éthiques.

- Dans le premier, Burton se dispute souvent avec Alice. Dans le troisième, ils se disputent encore.

- Dans le second, Mark Twain était trahi par un type du moyen-âge plus malin que lui. Dans le troisième, il se passe quasiment la même chose. Excepté qu'il en sort victorieux.

- Dans le second, Palorando se mettait en quête de gisements de métaux. Dans le troisième, un autre pays, qui ne connaît pas Palorando, fait la même chose et, grâce à Frigate, se lance dans la construction d'un dirigeable. Dans ce même volume, Palorando se met aussi à construire un dirigeable.

- Dans le second, Mark Twain se faisait voler son bateau. Dans le troisième, un groupe de personnage se fait voler sa réalisation aussi. Dans les deux cas, ils doivent recommencer à zéro leur travail.

- On a encore le droit à l'histoire de Joe. Ceci dit, je serais moins dure sur cette répétition puisque l'auteur nous apprend de nouvelles choses utiles au passage. De même par rapport aux personnages qui racontent leurs propres rencontres avec l'éthique. Finalement, comme on apprend aussi de nouvelles choses, on a un peu moins envie de jeter le livre par la fenêtre. Mais, tout de même...

Bien sûr, tout ce roman n'est pas que recyclage. J'ai par exemple cité le personnage de Jill qui est sans doute le seul personnage féminin intéressant dans la série, pour le moment. Il y a aussi Frigate qui bénéficie d'un nouveau développement. Sauf que je trouve le second cas plus gênant, puisque l'auteur avoue à demi-mot que Frigate, c'est somme toute beaucoup de lui. Résultat, ça fait plutôt nombriliste. Par ailleurs, les histoires concernant son passé sont rarement palpitantes et ne servant pas vraiment l'intrigue. On a aussi toujours droit à de très longs passages qui nous détaillent la biographie des personnages historiques (ou inventés) croisés ou diverses explications techniques ou religieuses. Ce n'est pas ennuyeux en soi. Mais, à force, ne fait qu'accroître la lenteur de l'intrigue. Franchement, qu'est-ce que j'en ai à faire que Nur (un souffiste) ait parcouru le monde entier et de savoir en détail ses péripéties ? Je n'ai rien contre les univers fouillés mais là ça commence à faire beaucoup et ce n'est que rarement palpitant à lire.

Heureusement, les cent dernières pages (environ) relancent l'intérêt. Sans trop en révéler, certains personnages arrivent à la tour et ils ne sont pas au bout de leurs surprises. Mais est-ce suffisant pour oublier les précédentes longueurs ? Franchement, non.

Je peux comprendre que l'on puisse aimer la saga du Fleuve de l'éternité. Moi aussi j'ai envie de l'aimer. Notamment car pour l'époque il y a quand même des idées culottées (des personnages bisexuels ou homosexuels, par exemple). Pourtant (et je ne sais pas si c'est à cause d'une prise de recul par rapport à l'époque de sa sortie), je lui trouve un tas de défauts qui me font me demander comment cette série a pu devenir culte à ce point. Car au delà des bonnes idées, c'est surtout verbeux et lent, mais d'une façon tout à fait exagérée. J'ai souvent vu King (pardonnez-moi de comparer SF et Horreur) être critiqué pour la longueur de ses textes, dont notamment Le fléau version longue, et j'ai du mal à comprendre que cette critique ne ressorte que rarement pour la saga de Farmer alors que c'est encore plus long et plus répétitif.

Points positifs :

  • Le concept qui reste toujours aussi génial
  • Enfin un personnage féminin (Jill) qui ne soit pas une grosse tarte
  • La fin qui relance l'intérêt

Points négatifs :

  • Des révélations qui sortent de nulle part
  • Du recyclage des précédents volumes
  • C'est long, long, long...
  • Frigate = fantasme nombriliste de l'auteur ?

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