Le labyrinthe magique de P.J. Farmer

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Créé le dimanche 21 novembre 2010 22:25
Mis à jour le samedi 29 décembre 2012 17:04
Écrit par Roshieru
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Titre : Le labyrinthe magique

Titre original : The Magic Labyrinth

Auteur : Philip José Farmer

Nombre de tomes : 5 (original et VF poche) et 4 (VF, édition Robert Laffont, collection Ailleurs et demain)

Editeur : Robert Laffont, collection Ailleurs et demain (il existe d'autres éditions)

Editeur original : (à venir)

Prix : 6 euros en poche

Genre : SF, voire fantastique (ça dépendra de la sensibilité des lecteurs)

Résumé : La délivrance est proche ! Mark Twain et Jean Sans Terre sont enfin arrivés à Virolando, le pays où est né l'Eglise de la Seconde Chance et qui se situe non loin de la tour noire. Mais avant cela, il leur faudra s'affronter férocement pour régler leurs vieux différents. Nos héros parviendront-ils tous vivant jusqu'à leur but ? Et si oui, qui découvriront-ils ? Sauront-ils enfin quels étaient les plans de l'Ethique rebelle ? Et pourront-ils remettre en route le mécanisme des résurrections qui s'est arrêté des années plus tôt ?

Critique :

On y est ! Ou presque... Car avant de nous laisser savourer l'épilogue de sa série tout aussi épique en rebondissements qu'en longueurs, Farmer se plaît à nous faire encore et toujours lanterner. Surprenant...?

Cette fois-ci, le récit se montre tout de même plus captivant malgré un début laborieux qui fait craindre le pire. Certes, le tout début fait peur avec ses descriptions redondantes et ronflantes (façon Wikipédia) des gros arguments de chacun des deux partis (je parle des bateaux et de leurs équipements variés, cela va sans dire) et la mise en place finale des divers pions sur l'échiquier. Heureusement, tout ce petit monde s'active enfin arrivé à Virolando, patrie de l'Eglise de la Seconde Chance. On comprend vite que ça va chier des bulles et qu'on va en avoir pour notre argent. On retrouve aussi Göring et Farmer prend le temps de quelques chapitres pour nous expliquer ce qu'il est devenu durant toutes ces années. On pourrait craindre le pire mais ça n'a rien d'ennuyeux.

La bataille entre Mark Twain et Jean Sans Terre occupe un bon tiers du bouquin (soit le milieu de l'intrigue, grosso-modo). Même si on a quand même envie qu'ils finissent vite de se mettre sur la tronche pour qu'on en arrive enfin à ce pour quoi on a lu les trois précédents volumes, force est de constater que Farmer parvient à nous tenir en haleine durant ce gros morceau. On aura ainsi le droit à des combats aériens, navals et des duels à l'épée. Je dois dire que si certaines descriptions  des divers types de combat m'ont parfois paru très techniques, voire trop, je suis tout de même impressionnée par leur qualité. Même si je semble perpétuellement dénigrer le travail de Farmer, il y a une chose que je sais reconnaître : il sait - enfin savait, hélas - se documenter (et à une époque où le net n'existait pas, c'était d'autant plus méritoire).

Après ça, les survivants se lancent à l'assaut de la tour des Ethiques. Sauf qu'ici, on a le droit à une version rallongée de l'odyssée des Egyptiens racontée dans le volume deux et le volume trois. Ce n'est pas ennuyeux à lire mais on aimerait tout de même que Farmer se presse un peu au lieu de nous servir du réchauffé. Sans compter qu'au fur et à mesure que l'on tourne les pages, il devient évident que l'issue finale n'occupe qu'une toute petite portion du bouquin, ce qui n'est guère rassurant.

L'épilogue, fort heureusement, n'est pas décevant. Certains éléments en apparence contradictoires sont expliqués avec une grande cohérence et le tout s'emboite bien. On aura bien les réponses aux questions que l'on se posait et même plus. Farmer a très bien su utiliser les concepts de diverses croyances religieuses sans pour autant tomber dans une certaine "naïveté" afin de construire sa propre théorie sur l'âme. Mais il serait inutile de donner plus de détails sur cet aspect important de la série.

Le labyrinthe magique laisse malgré tout un goût de désenchantement dans la bouche. En plus de nous ajouter une masse importante de personnages qui ne seront pas vraiment plus développés que mon petit doigt et qui remplaceront pourtant certains des principaux héros, Farmer en fait s'éclipser d'autres en l'espace d'une ligne de texte. Adieu donc Jill même si on avait peu de doute sur son destin tragique à l'issue du troisième volume. Mais, tout de même, l'évoquer en tant que "cadavre d'une femme" (ou quelque chose dans ce goût là), sans plus de développement, c'est un peu cavalier envers le lecteur qui a suivi ses péripéties durant tout le troisième volume. Adieu aussi clone de Frigate. Moi qui espérais une confrontation avec ton frère, te voilà tout aussi vite éradiqué en une ligne lapidaire. J'ai trouvé cette disparition, qui intervient très tôt dans le bouquin, très médiocre. On dirait une solution de facilité pour éviter d'avoir à gérer les deux Frigate à la fois dans l'intrigue. D'autres protagonistes radicalement éliminés auront le droit à un meilleur traitement de la part de l'auteur mais ils sont minoritaires dans la liste... Enfin, il y a ceux des personnages principaux dont on se doute de la mort sans que cela ne soit jamais mentionné : ils disparaissent tout bonnement sans une once d'explications alors que Farmer nous avait fait suivre leurs péripéties en long et en large dans les volumes précédents. Leurs amis survivants n'ont même pas une petite pensée pour eux, une petite larme, comme s'ils les avaient oublié alors qu'ils ont voyagé parfois des dizaines d'années avec ! Merci en passant de confirmer ce que j'avais pressenti dès le volume deux : Mozart ne sert effectivement à rien. Arrivé à ce stade, on se dit que si le projet de Farmer est honorable, il aurait mieux fait de ne se préoccuper que de quelques personnalités remarquables plutôt que de nous en introduire vingt par chapitre. Car au final, il ne reste plus grand monde disposant d'une personnalité à laquelle s'attacher. Ceci dit, si vous êtes capables de vous attacher à des coquilles vides, vous avez toutes mes félicitations.

Un autre point m'a gêné mais, cette fois, je ne sais pas si c'est moi qui suis en cause, si c'est l'auteur ou si c'est la traduction qui est tout simplement mauvaise. Je n'ai pas listé l'ensemble de des passages m'ayant embêtée mais j'en ai repéré un en particulier qui m'a vraiment choquée. Je l'ai relu cinq fois, je n'ai toujours pas saisi la logique de la chose. Après la bataille, Burton, qui était sur le Rex (bateau de Jean) demande à Joe Miller, qui était sur le Bateau Libre (de Mark Twain), qui au sein du Rex était au courant de l'existence de l'éthique. (citation exacte de Burton : "et parmi les anciens du Rex, combien êtes-vous à savoir, pour X ?") C'est déjà bizarre en soi. Mais là où j'ai fait les yeux ronds et failli les perdre, c'est lorsque Joe Miller s'est mis à décrire l'entourage de... Mark Twain, sur le Bateau Libre, alors qu'on lui parlait donc du Rex. L'équipage de Mark Twain n'a jamais été sur le Rex, et pour cause ! La réponse de Joe n'a aucun sens. Alors, quoi ? Est-ce le traducteur qui s'est planté de nom et a mis le Rex à la place du Bateau Libre ? Ou bien l'auteur lui-même ? Si quelqu'un a la réponse, je serais vraiment ravie de la connaître (notez que mon édition date de 80, donc des corrections ont pu être faite dans les plus récentes).

L'autre point qui m'a déçu, c'est l'épilogue lui-même. Plus haut, je disais que l'on avait les réponses à nos questions et c'est bien vrai. On a aussi le droit à un certain suspens concernant la remise en place des résurrections (je n'en dirai pas plus). Cependant, la façon dont le tout est résolu, du moins la façon dont le personnage en question y parvient, m'a paru très confuse (encore la traduction ?). Par ailleurs, cette résolution intervient dans les trois dernières pages. Non, je ne plaisante pas. On a ensuite 10 lignes d'auto-congratulation entre les héros et... et... tout ceci s'achève sous une note, un poil frustrante, laissant entendre (à partir d'ici, imaginez une grosse voix de bande annonce de film) que tout n'est pas terminé. Ah bah si, FIN. Et là, on comprend, non sans un hoquet d'angoisse, qu'il nous faudra lire Les dieux du fleuve pour avoir l'ultime dernier mot (enfin, espérons) alors que ce recueil de nouvelles devrait être une sorte de bonus. Ik !

Evidemment, la tentation de connaître l'ultime dernier mot sera tellement forte que la plupart des lecteurs iront sans doute se jeter sur ce cinquième volume en oubliant tout ce qu'ils ont enduré depuis le premier...

Points positifs :

Points négatifs :